Le point : "Le sous-lieutenant Jallal Hami "voulait rendre à la France un peu de ce qu’elle lui avait donné""  - Mi2 Avocats

Le point : « Le sous-lieutenant Jallal Hami « voulait rendre à la France un peu de ce qu’elle lui avait donné » » 

Le point : « Le sous-lieutenant Jallal Hami « voulait rendre à la France un peu de ce qu’elle lui avait donné » » 
1 novembre 2012 pierre

Saint-Cyr était l’accomplissement de ses rêves d’intégration. Il est mort noyé dans la nuit du 29 octobre.

Dans la nuit de lundi à mardi, un jeune officier-élève de l’école spéciale militaire de Saint-Cyr à Guer (Morbihan), le sous-lieutenant Jallal Hami, trouvait la mort par noyade au cours d’une soirée d' »intégration ». Une enquête judiciaire est en cours, qui devrait être prochainement confiée au parquet de Rennes. L’avocate de la famille de l’officier défunt, Me Marie-Laure Ingouf, explique dans une interview au Point qui était ce jeune homme immigré algérien naturalisé français qui voulait servir sous les armes son nouveau pays : l’excellence de ses études, la promotion sociale qu’illustrait son parcours exceptionnel, son intégration directe en troisième année en raison du niveau de ses titres universitaires. Marie-Laure Ingouf fait également le point sur les interrogations nombreuses qui se font jour quant aux circonstances de ce drame et demande l’ouverture d’une information judiciaire pour « homicide involontaire ».

Le Point : Qui était le sous-lieutenant Jallal Hami, noyé durant un exercice entre élèves à l’école spéciale militaire de Saint-Cyr ?

Me Marie-Laure Ingouf : Ce jeune homme d’origine algérienne est issu d’une famille modeste vivant dans la région parisienne. Il a connu un parcours scolaire excellent, avant de brillamment réussir le concours de Sciences Po Paris. Il s’est toujours senti redevable envers la France, il était extrêmement reconnaissant. Il avait été interrogé par l’émission de France 2 Envoyé spécial, dans le cadre d’un reportage sur l’ouverture de l’école aux jeunes venus des ZEP, et avait déclaré que c’était la France qui lui avait permis de s’élever socialement, par l’enseignement supérieur. Il était boursier. Saint-Cyr s’inscrivait dans ce schéma : il voulait rendre à la France un peu de ce qu’elle lui avait donné. Il était très patriotique au point de s’être engagé dans la réserve durant ses études. Jallal était un immigré algérien. Il souhaitait protéger ce pays qui l’avait adopté. Saint-Cyr était dans ses projets depuis très longtemps.

Comment, à votre connaissance, se situait-il à Saint-Cyr ?

Ça se passait plutôt bien pour lui, mais il avait dit à son frère qu’il sentait une petite différence entre lui et les autres. Parfois, on le lui faisait un peu comprendre. Peut-être aussi y avait-il un peu de jalousie, due au fait qu’il était entré directement en troisième et dernière année de Saint-Cyr, ce qui est quand même assez rare ! Mais c’était en relation avec son niveau d’études. Il avait obtenu à Sciences Po un master de relations internationales. Il voulait s’engager au service de la France. Il avait une vraie vocation militaire.

Sur le fond de l’affaire, savez-vous dans quelles conditions il s’est noyé ?

Ce dont nous sommes persuadés, avec sa famille, c’est que des manquements aux règles de sécurité et de prudence se sont produits durant cet exercice. L’encadrement, assuré par des élèves et non par la hiérarchie, pourrait ne pas avoir respecté certaines règles élémentaires. Je ne sais pas si le bateau de sécurité qui doit être présent en cas de franchissement nautique se trouvait bien sur place. La seule chose que l’enquête confirme à ce stade, c’est la nature de l’encadrement.

S’est-il agi d’un « bizutage » qui a mal tourné ?

Le mot bizutage recouvre deux notions complètement différentes. Stricto sensu, il s’agit d’une mise à l’épreuve ou de brimades dans un cadre initiatique et pédagogique. Si l’on retient cette définition, bien sûr qu’il y a bizutage. Mais pour que le délit de bizutage soit constitué, il faut des actes humiliants et dégradants. Dans la mort de Jallal Hami, on ne peut pas prétendre qu’il y a bizutage au sens pénal, car rien aujourd’hui ne vient dire que des actes dégradants auraient été commis durant cette soirée. Mise à l’épreuve, oui. Humiliation, non. Ces soirées sont tellement réglementées qu’elles font partie du programme d’instruction, même si elles ne sont pas notées. La hiérarchie militaire est complètement intégrée à leur organisation. C’est d’autant plus choquant !

Estimez-vous que l’armée de terre a convenablement communiqué sur cette affaire ?

Dans un premier temps, sans doute par frilosité, ou sous le choc, ils ont été assez légers. Dans les toutes premières heures du drame, la famille a même reçu des informations contradictoires. Par la suite, les choses ont été plus carrées.

Quelles seront les prochaines étapes de l’enquête ?

Le procureur de la République de Vannes va très vraisemblablement transmettre le dossier au parquet de Rennes, compétent pour les affaires militaires. Il va falloir bien comprendre ce qui s’est passé. Ce qui nous paraît évident à ce stade, c’est qu’un manquement aux règles de sécurité et de prudence s’est produit. Nous souhaitons qu’une information soit ouverte pour « homicide involontaire ».

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